Parole de coach: Samy (La Salésienne de Paris) 1/2

 In Interviews
20140928_145840

Samy Moussaoui, 30 ans, entraîne l’équipe Seniors dela Salésienne dans le 17e arrondissement de Paris, une équipe qui évolue en 2e division de district. Le coach revient sur son parcours et nous parle de son club actuel, de ses joueurs, de ses ambitions, et des aspects tactiques.

Bonjour Samy, merci d’accorder du temps aux Esthètes du Foot. On va commencer par parler de toi ! D’où vient ta passion pour le foot ?

Merci à vous ! Je pense que ça commence de la même façon pour tout le monde. Tu joues d’abord dans la cour de récréation avec les potes, puis tu demandes à tes parents de t’inscrire dans le club du quartier…jouer en club m’a beaucoup plu, j’ai donc continué… jusqu’en Seniors !

Quelle équipe supportais-tu étant petit ?

J’ai toujours supporté le PSG. Une des premières fois où j’ai regardé du foot à la télé, j’ai vu Ginola, et à partir de ce moment-là, ça a toujours été Paris, forcément.

Quels clubs as-tu fréquenté lorsque tu étais joueur ?

Ca va être très simple, très rapide ! J’ai commencé à la Garenne Colombes à 7 ans. J’y ai joué dans toutes les catégories jusqu’en Seniors, puis je suis parti faire une année à Clamart. Ca ne s’est pas très bien passé, et j’ai alors arrêté de jouer, vers 24 ans.

Pourquoi t’es-tu arrêté aussi jeune ? Le jeu ne te manque pas ?

Mon expérience à la Garenne-Colombes a été fantastique, avec un groupe très uni, et des moments incroyables. On a fait de nombreuses montées au fil des années, avec toujours une ambiance superbe. Je ne me voyais pas revivre ça dans un autre vestiaire avec un autre groupe.‎ C’est sûr que la compétition me manque, mais je la retrouve d’une autre manière en tant que coach.

Avais-tu déjà conscience à ce moment que tu voudrais coacher un jour ?

Lorsque j’ai débuté le foot à 11, je commençais déjà à m’occuper des débutants. Transmettre ce qu’on m’a appris m’a toujours paru essentiel, voire naturel. C’est pour ça que j’ai passé le JA – jeune animateur – très tôt, vers 16 ans ; puis l’initiateur 1 à 17 ans sous dérogation car je n’étais pas majeur. J’ai enchaîné l’I2 dans la foulée à 18 ans.

Tu es allé jusqu’où en termes de formation ?

J’ai passé le BE à 21 ans. Malheureusement je ne l’ai pas validé, car il me manquait un module. Avec l’entrée dans la vie professionnelle, passer des formations devient plus difficile, mais j’ai par exemple passé récemment un module sur le projet associatif au sein d’un club. Dès que j’ai du temps, j’essaye d’y retourner. Mais j’ai la chance de bien connaître les formateurs, je reste donc informé de ce qui se fait de nouveau là-bas.

Quels clubs as-tu fréquenté avant de devenir l’entraîneur de l’équipe Seniors de la Salésienne ?

J’ai coaché à la Garenne Colombes, puis à Clamart. Comme je le disais tout à l’heure, ça ne s’est pas très bien passé, car les salaires n’étaient pas versés. Le président prenait en quelque sorte les éducateurs en otage, en les mettant face à leurs responsabilité vis-à-vis des enfants, alors que nous n’étions pas payés. Nous avons travaillé bénévolement quelque temps, puis nous avons arrêté, car c’était une situation délicate.

Et ensuite ?

Ensuite, je suis allé à Gennevilliers car je connaissais très bien le directeur technique. J’y ai entraîné les U17, en PH. Puis j’ai coaché à Nanterre, en U19 DHR. Par la suite, je suis revenu à la Garenne, pour m’occuper des U15 C. J’avais juste envie, à ce moment-là, d’avoir une équipe et de prendre du plaisir. Après cela, je suis retourné à Gennevilliers pour m’occuper des U17, en DSR. En parallèle, j’étais coach de l’équipe féminine du club. J’étais curieux de découvrir le foot féminin, même si l’équipe n’était engagée qu’en critérium. C’est un championnat comme tous les autres, avec un classement, mais pas de montées et de descentes. Le foot féminin m’a beaucoup plu, et il se trouve que j’ai eu une proposition pour entrainer au FF Issy, un club exclusivement féminin. Là-bas, j’étais responsable de l’équipe réserve, engagée en DH, et adjoint de l’équipe première en 2ème division.

Ça s’est bien passé ?

Au niveau relationnel, ça a été très positif, tant avec les joueuses qu’avec le staff. Malheureusement, nous sommes descendus avec la réserve, mais l’inverse s’est produit en équipe première avec une montée en D1.

Et te voilà donc à la Salésienne !‎ As-tu déjà dans ton parcours coaché des joueurs qui sont devenus pros par la suite ?

Oui, j’ai eu Olivier Kemen, qui a signé pour 6 ans à Newcastle. Il est capitaine de l’équipe de France U19, et fait quelques apparitions sur le banc, attendant patiemment sa première apparition en pro ! J’ai aussi eu l’opportunité de coacher Lemina sur quelques séances, avant qu’il ne parte à Lorient.

Ils étaient déjà au-dessus des autres ?

Ils avaient évidemment beaucoup de qualités. Je dirais cependant que leur qualité principale résidait dans leur envie de travailler. Ils étaient très sérieux, très bosseurs. Mario, par exemple, a su saisir sa chance. Pour être honnête, je ne pensais pas à l’époque qu’il pourrait signer pro, mais il a travaillé dur. Il est parti tard de la Garenne pour Lorient, à 17 ans, un âge où certains commencent déjà à jouer en pros ! Il a fait un an en CFA là-bas, une année dans le groupe pro, puis une année titulaire. Je suis très content pour lui, c’est une belle progression. Concernant Olivier, il y avait peut-être un peu plus de certitudes. Très vite, on a su qu’il ferait tout pour arriver à ses fins.

C’est un message positif que tu donnes ici… Par le travail, tout devient possible ?

Oui bien sûr. Après c’est sûr que ce sont des joueurs qui avaient déjà quelques facilités (sourire). Mais ces deux-là étaient particulièrement travailleurs.

Tu es resté en contact avec eux ?

Plus avec Olivier qu’avec Mario. J’échange très souvent avec Olivier par message, c’est très agréable. Il n’oublie pas d’où il vient, il revient d’ailleurs à la Garenne dès qu’il en a l’occasion.

Kemen
Olivier Kemen à Newcastle

Tu es à la Salésienne depuis un an. Comment es-tu entré en contact avec le club ?

C’est très simple. Mitch Delma est le responsable de l’école de foot du club. Il avait les Seniors l’année passée. Cela faisait trois ans qu’il me contactait chaque année pour que je vienne entraîner à la Salésienne. Quand on était plus jeunes, on jouait de façon régulière l’un contre l’autre. Lui à la Salésienne, moi à la Garenne. C’était à chaque fois des matchs intenses, engagés, durs ; mais toujours avec du respect entre nous. Il voulait absolument que je vienne prendre une équipe ici, mais à chaque fois j’étais engagé dans différents projets. Cette année, c’était différent. Je voulais vraiment passer sur la catégorie Seniors, en plus de privilégier l’aspect relationnel : bosser avec des gens agréables, travailleurs et désireux d’amener ensemble un club vers le haut. J’aurais pu prendre une équipe plus haute, ou un poste mieux payé, mais je voulais privilégier l’aspect humain.

Quel a été ton premier sentiment après ta prise de fonction ?

Surpris déjà, par la structuration du club ! Il y a une bonne base de travail. Le club ne doit pas en rester là et continuer sa progression. Il me fait penser à la Garenne-Colombes des débuts.

Selon toi, quels sont les axes de développement prioritaires pour un club amateur comme la Salé ?

Je pense que la base, c’est la formation des éducateurs. Ils doivent venir dans un objectif de travail, pas dans un intérêt financier. Un club se développe lorsque ses éducateurs ont envie de progresser eux-mêmes. C’est ainsi qu’ensuite le club progresse à son tour, naturellement. Tout le monde doit travailler dans le même sens, sur le projet défini au préalable par le responsable technique. Ensuite, je pense qu’il faut que les éducateurs apprennent à privilégier une vision à long terme, la progression des joueurs, par rapport au court terme, le résultat. Il faut savoir se détacher du résultat quand on est coach dans les catégories de jeunes. Le résultat est secondaire, l’objectif prioritaire doit être la progression des joueurs. Plus les joueurs progresseront, plus le club ira loin.

Comment vois-tu le club évoluer dans les années à venir ?

Positivement, mais ça dépendra du travail fourni, et des efforts effectués par tous. L’équipe éducative est sérieuse. Les éducateurs sont jeunes, c’est un autre point positif, mais ils doivent continuer à se former.

Quelles sont pour toi les principales problématiques d’un club amateur ? Par exemple, ici, il y a une problématique d’espace : le club pourrait bénéficier de concessions de terrains plus nombreuses.

La problématique dont tu parles n’en est pas une. Je pense que c’est un faux débat. Un éducateur ou un coach doit toujours faire avec les moyens à sa disposition. Il doit s’adapter à ce qu’on lui donne. On n’est pas au Camp des Loges avec 300 hectares ! Pour moi, il n’y a pas de problèmes, il y a seulement des solutions. Un bon éducateur trouvera toujours les solutions adaptées aux problèmes auxquels il est confronté. En revanche, ce qui peut être un frein, comme je le disais tout à l’heure avec Clamart, ce peut être les dirigeants, trop attachés à leur poste, ou pas assez sérieux.

Peux-tu nous parler des personnes que tu apprécies ou estimes au club ?

Sans faire de langue de bois, il n’y a aucune personne avec qui j’ai des problèmes au club. C’est très agréable : j’ai été très bien accueilli et soutenu, même avec six mois de résultats catastrophiques. Tout le monde m’a donné de la confiance. A un moment donné, je pense que j’étais le moins confiant de tous, c’est dire ! De Mitch à Julien, en passant par tous les éducateurs. Mais maintenant on constate que ça commence à payer.

Comment se passe la saison actuelle ?

Il y a eu 6 premiers mois difficiles pour plusieurs raisons. Je devais m’adapter à la catégorie Seniors que je découvrais. La gestion des joueurs n’est pas la même par exemple, certains joueurs étant plus âgés que moi. Ensuite, on peut évoquer le facteur chance, même si ça ne me plaît pas tellement de le faire. Il y a eu de nombreux matchs où il ne nous était pas favorable. Enfin, j’ai récupéré un groupe fragilisé mentalement par rapport à la saison dernière et la descente vécue en 1ère division. Mais on a travaillé. Niveau jeu, ça s’est toujours bien passé. On a également bénéficié de quelques recrues expérimentées qui jouaient à un niveau supérieur, en PH ou en DSR, comme Farid Brahim et Saïd Ait Boulmal (Suresnes), Cédric Marchal (Garenne). En début de saison, ce qui nous a manqué, c’est l’efficacité. On perdait les matchs d’un but quasiment à chaque fois, alors qu’on se procurait de nombreuses situations.

Après la trêve, d’autres joueurs sont arrivés. Moussa Ba, un enfant du club, est revenu, tout comme Ismaïn Alem. Ces joueurs nous font du bien et nous permettent de mieux finir les actions. Forcément ensuite, les scores ne sont plus les mêmes. On joue contre les mêmes équipes, mais on met nos occasions au fond des filets, et le résultat final est différent. C’est dommage, car si on avait eu cette efficacité dès le début, la saison aurait été différente, et on aurait pu avoir d’autres objectifs… Mais pour le moment, nous devons rester focalisés sur notre mission : le maintien, qui n’est pas encore acquis.

download_20150409_135341 (1)

Comment gardes-tu impliqués les joueurs ayant moins de temps de jeu ?

Je pense qu’il faut discuter avec eux. Tout est dans la gestion de l’individu. Il faut savoir distinguer les différents types de personnalité. Le discours n’est pas le même avec tous. A chacun sa personnalité. Il faut s’adapter au caractère du joueur, à sa personnalité, mais aussi à la situation du moment. Prenons un exemple : la gestion de deux joueurs comme Zlatan et Bahebeck. Je ne suis pas d’accord avec les personnes qui disent qu’on peut leur parler de la même façon. Bahebeck n’a pas la carrière de Zlatan, son vécu, son expérience. Inversement, tu ne peux pas t’adresser à Zlatan comme à Bahebeck. C’est pareil ici avec les Seniors. On ne peut pas s’adresser de la même façon à un joueur qui sort des U19 et à un joueur avec une expérience en Ligue. Pour revenir à la question, il faut donc s’adapter à l’individu. Certains ont besoin qu’on leur explique, mais avec d’autres, on peut rentrer dedans et parler de façon plus directe.

On parle souvent de colonne vertébrale dans le football pour désigner les joueurs clefs d’une équipe. Peux-tu nous parler des joueurs essentiels de ton groupe ?

Il y a quelques joueurs cadres, c’est une grosse colonne vertébrale. Mais ça dépend du moment, parfois des joueurs faisant partie des cadres peuvent être moins performants, te mettant en porte-à-faux. Nono (Adjaoud), par exemple, est très bon en ce moment, alors qu’il peut être catastrophique quand il le veut ! Il nous fait des matchs très sérieux derrière dans l’axe, et nous fait beaucoup de bien dans la conservation du ballon. Je peux aussi citer Cédric, au milieu de terrain, qui est très important pour le collectif. Louis Thuillier aussi très bon dans la conservation du ballon et nous apporte beaucoup. Je ne peux pas dire qu’il est indispensable, donc on va pencher pour essentiel. Il y a aussi Isma en attaque, qui fait pratiquement toujours la différence, soit par une passe, un but, ou un penalty obtenu. Saïd et Farid sont importants eux aussi. Ils apportent dans le vestiaire cette envie de gagner tous les matchs. Enfin, il y a Yoann Villa, notre capitaine, un enfant du club. Il ne supporte pas la défaite. Ces personnes, quand elles tirent dans le même sens, amènent le club vers le haut.

Quels sont les objectifs pour la fin de saison et sur un plan plus  personnel tes ambitions pour l’année prochaine ?

L’objectif est clair, net, et précis : c’est le maintien. En première ou en réserve, on doit se maintenir, afin de pouvoir envisager la saison prochaine sereinement.‎ Personnellement, je vais rester entraîner ici. C’est défini depuis un petit mois avec le président et le directeur technique. Ce sera la première fois depuis la Garenne Colombes que je resterai deux ans d’affilée dans un club : c’est la preuve que je me sens bien ici.

Retrouvez la deuxième partie de l’interview avec Samy Moussaoui qui reviendra sur les aspects tactiques de sa fonction d’entraîneur.

Recent Posts

Leave a Comment

Contact Us

We're not around right now. But you can send us an email and we'll get back to you, asap.