OM: Bielsa, un Artiste en Ligue 1

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Il est rare pour la Ligue 1 d’accueillir des entraîneurs avec autant d’expérience et autant de qualités. Bielsa est un entraîneur qui a déjà énormément voyagé, étant passé par l’Espagne avec l’Athletic Bilbao, et l’Argentine ou le Chili pour les sélections nationales. Il a à chaque fois obtenu des résultats probants.

Il a complètement restructuré l’Athletic Bilbao, menant le club basque en finale de l’Europa League et de la Coupe du Roi, et ce dès sa première saison. Avec l’Argentine il a gagné les Jeux Olympiques, ce qui, contrairement aux idées reçues, est une vraie performance. Il a mené l’Albiceleste à la Coupe du monde 2002 en ne subissant qu’une défaite sur l’ensemble des matchs éliminatoires, pour 13 victoires et 4 matchs nuls, établissant ainsi le record de points de l’Argentine en phase éliminatoire ! Son équipe pratiquait un jeu offensif flamboyant, inscrivant 42 buts en 18 matchs, pour seulement 15 encaissés, avec au final 12 points d’avance sur le deuxième !

L’excellent blog Passe en Retrait explique à merveille à quel point la philosophie de Bielsa a conquis l’Amérique du Sud, poussant Scolari à le copier tactiquement en vue de la Coupe du Monde 2002, avec la réussite qu’on lui connaît. Le technicien auriverde le reconnaitra par la suite : « J’ai copié Bielsa. Nous avons joué comme l’Argentine. J’ai regardé beaucoup de leurs matchs durant les éliminatoires et j’ai décidé de changer de système pour la Coupe du Monde« . Alors certes, l’Argentine est sortie dès le premier tour de cette Coupe du monde mais ils étaient dans le groupe le plus relevé de la compétition. Leur bilan d’une victoire, d’un match nul et d’une défaite n’est pas catastrophique, même si cela reste un échec au vu de la qualité des joueurs à disposition. Si Bielsa n’a pas gagné avec l’Argentine, son système a lui triomphé avec le Brésil. Il a également conduit le Chili en huitièmes de finale de Coupe du Monde, révolutionnant au passage le jeu de la Roja.

Professionalisme, discipline, et perfectionnisme

L’arrivée de Bielsa à l’OM est une aubaine pour le football français tout d’abord car il va apporter un état d’esprit particulier. Son sens de la discipline, son professionnalisme, et sa volonté perpétuelle de s’améliorer sont des qualités rares dans le football, et en particulier en France. L’entraîneur Argentin impose aux clubs désireux de s’offrir ses services le respect d’une multitude de clauses, allant de la réfection de tel ou tel terrain à la transformation du centre d’entrainement ou de formation. C’est d’ailleurs lui qui a piloté la construction du nouveau centre d’entraînement de l’Athletic. Avant son arrivée à l’OM, ce sont plus d’une dizaine de clauses auxquelles les dirigeants ont dû se plier afin d’être en mesure de lui proposer un contrat. Un contrat qui, une fois rédigé, faisait plus de 50 pages ! Perfectionniste, on vous dit. Cette discipline est extrêmement bénéfique aux joueurs qu’il entraîne, et en particulier aux plus jeunes. Mais Bielsa, ce n’est pas seulement cela, car la discipline seule ne suffit pas à rendre un entraîneur performant.

Une approche « positive »

Bielsa, c’est aussi, et surtout diront certains, un entraineur aux idées novatrices : une conception du jeu ambitieuse, portée vers l’avant, en d’autres termes, positive. Une approche positive ? Encore une expression fumeuse de pseudo-journaliste ? Pas vraiment. Le championnat français est en majorité fréquenté par des entraîneurs désirant avant tout ne pas perdre. Cela se traduit par les systèmes tactiques proposés et par la façon dont ils sont animés. Trop de matchs sont nuls, tant dans le résultat qu’en termes de niveau de jeu. Seules quelques équipes, à l’instar de celles de Gourcuff, Gasset, ou Casanova la saison passée – oui Casanova, tout fout le camp – proposent du jeu de façon constante, avec un désir de se porter vers l’avant, vers la victoire… de façon positive.

La plupart des autres entraîneurs, que l’on aura la décence de ne pas citer, opposent à une logique à long terme (celle de produire du jeu, afin au bout d’un moment d’obtenir des résultats, et d’attirer des spectateurs – coucou la Ligue 1) une logique à court (ne pas perdre le prochain match) et moyen terme (rester parmi l’élite). La Ligue 1, ou quand l’enjeu tue le jeu. Ces enjeux économiques sont certes énormes pour ces clubs, mais le pari sur le long terme et la prise de risques pourraient garantir un futur plus stable.

Par exemple, un défenseur progressera infiniment plus s’il est souvent confronté à un surnombre sur une offensive adverse ; il s’améliorera ainsi dans la prise de décision et la concentration. Il y aura également une progression collective de l’équipe dans sa volonté d’amener à la fois le surnombre en attaque, mais aussi en défense avec un repli adapté. Ce n’est pas en défendant en permanence à 4, 5 voire 6, contre 2 ou 3 attaquants que l’on effectue des progrès décisifs dans la compréhension du jeu. Bielsa prône un système basé vers l’offensive, dans un 3-4-3 en losange qu’il perfectionne depuis de nombreuses années. Cette organisation force ses joueurs à rechercher en permanence les situations de surnombre. Ainsi, leur conscience collective est constamment mise à l’épreuve et doit impérativement s’améliorer pour ne pas mettre l’équipe en danger.

Tactiquement aussi, Bielsa a des idées novatrices. On dit souvent qu’un match se gagne au milieu de terrain : El Loco n’aligne lui qu’un seul véritable milieu, Imbula avec l’OM, Simeone avec l’Argentine et Carmona avec le Chili. Son système s’appuie sur une domination des côtés, avec un jeu vertical, en comptant également sur les mouvements et décrochages de sa ligne offensive pour venir proposer des solutions au milieu de terrain. Avec Bielsa, il y aura donc de la prise de risque, de la première à la dernière minute, et des buts à foison, ce qui ne fera pas de mal au Championnat de France. Le 3-3 contre Bastia une première preuve.

Les jeunes mis en avant

L’arrivée de Bielsa est également une opportunité pour le championnat Français car El Loco a pour habitude de faire confiance aux jeunes. En France, en général, on préfère acheter un joueur moyen de 25-27 ans plutôt que de faire confiance à un jeune joueur à fort potentiel sortant du centre de formation. Fournier, le nouvel entraîneur lyonnais, s’est ainsi exprimé récemment dans la presse, arguant que de disposer de Lacazette, Yattara et Benzia n’était pas suffisant, surtout au point de vue de l’expérience. Lacazette lui a répondu par presse interposée que c’était à l’évidence un risque à prendre, mais qu’il fallait parfois savoir être audacieux. Et le talentueux attaquant lyonnais a raison. Force est de constater que Yattara et Benzia ne gagneront pas en expérience en restant sur le banc ! Et plus ils restent sur le banc, moins ils auront de chance d’exploiter totalement leur potentiel. Il se trouve que l’OM a eu la bonne idée l’année dernière – et c’était bien leur seule bonne idée l’année passée d’ailleurs – d’investir sur des jeunes à fort potentiel comme Samba, Mendy, Imbula et Thauvin.

Imbula et Mendy ont très peu joué. Comment progresser lorsqu’on ne peut pas avoir l’opportunité de faire des erreurs et donc d’apprendre de celles-ci ? Bielsa, lui, n’hésite pas : on lui doit par exemple l’éclosion au plus haut niveau de jeunes comme Iker Munian ou Aymeric Laporte à l’Athletic, qui ont pu enchaîner les matchs et ainsi progresser rapidement. Il a aussi permis à des joueurs comme Ander Herrera, Javi Martinez, ou Llorente, d’atteindre un niveau leur permettant de rejoindre 3 des plus grands clubs européens. Thauvin et Imbula seront à coup sûr à l’Euro 2016 s’ils écoutent leur coach. Thauvin deviendra un des meilleurs joueurs français, et Imbula aussi, s’il améliore sa compréhension tactique. Mendy sera en mesure de concurrencer Kurzawa pour la place derrière Digne. Quant à Samba, cela parait plus compliqué.

La construction sur le long terme

Enfin, la signature de Bielsa est une aubaine, car c’est un entraîneur qui construit et structure un club. Tout le contraire d’un Mourinho, qui laisse ses clubs dans une confusion, sinon un chaos dont il est ensuite difficile de s’extirper – coucou l’Inter… Labrune voulait que son club ressemble à Dortmund ? Ce ne sera peut-être pas le cas, mais le club phocéen va acquérir un socle de travail solide et pérenne. Le successeur d’El Loco aura une base extremement solide pour la suite, à l’instar de Sampaoli avec le Chili, ou de Valverde avec Bilbao…

El Loco, Marcelo, bienvenue en France !

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