FC Barcelone – PSG : plus qu’une défaite

 In Pro Match Analysis

Plus qu’une défaite : la formule utilisée par Hervé Mathoux pour décrire ce huitième de finale retour est tout à fait appropriée. C’est la première fois de l’histoire qu’une équipe est éliminée après l’avoir emporté 4-0 à l’aller. La première fois en 214 doubles confrontations. 214 ! Et c’est donc au PSG qu’échoit ce triste record/statut. Le club parisien restera donc à jamais dans l’histoire pour cela, et c’est très difficile à vivre pour un parisien de toujours. La qualification paraissait pourtant toute proche, après un match aller magnifiquement mené, grâce à un plan de jeu audacieux, permettant aux joueurs de se magnifier. Et pourtant, le PSG est éliminé de la Ligue des Champions, n’ayant gagné qu’un titre peu glorieux, ce triste statut et ce lourd fardeaux, et c’est en grande partie dû aux choix de son coach.

Si à l’aller, les choix d’Emery avaient permis à son équipe de l’emporter, son approche tactique lors du match retour a fortement conditionné la défaite des siens.

Les compositions

Côté parisien, le onze de départ était celui attendu, avec les retours de T.Silva et Lucas dans le onze de départ. Le 4-3-3 standard, avec Trapp dans les buts, une ligne défensive composée de Meunier – Marquinhos – Silva – Kurzawa, un milieu Lucas – Verratti – Rabiot – Matuidi – Draxler, et Cavani en pointe.

Du côté du Barça, la composition était différente de l’aller, mais surtout du fait du système utilisé. En effet, après la gifle reçue au Parc, Luis Enrique est passé à un système en 3-4-3 en losange, qu’il a utilisé avec réussite successivement contre Leganès (victoire 2-1), l’Atletico Madrid (2-1), Gijon (6-1), et le Celta Vigo (5-0). Le onze barcelonais était donc le suivant : Ter Stegen dans les buts, une ligne de 3 avec Umtiti, Pique et Mascherano, un milieu en losange composé de Busquets à la base, Rakitic et Iniesta en relayeurs, et Messi en 10. La ligne d’attaque était quant à elle animée par Rafinha, Suarez et Neymar. Et la confiance et l’espérance d’une remontada historique était elle aussi présente, et cela dans toutes les lignes.

Emery : une approche contestable

Après le match aller, le plan d’Emery avait été, à juste titre, unanimement salué par l’ensemble de la planète foot. Il avait choisi d’aller presser le Barça très haut, dès leurs premières relances, afin de les empêcher de trouver continuellement un joueur libre, ce qui avait fortement restreint leur accès au camp parisien. Mais l’animation offensive voulue par Emery avait été, à mon sens, encore plus intéressante : ce dernier avait choisi de prendre des risques pour accéder proprement au camp barcelonais. Ainsi, les parisiens n’avaient pas hésité à prendre l’initiative du jeu, en effectuant des sorties de balle partant de Trapp, avec une recherche patiente mais continue d’un joueur en possession du plus beau trésor du foot : le temps et l’espace, autrement dit, un joueur libre.

Cette approche avait fortement perturbé les catalans, qui avaient vu leur pressing cassé de façon répétée, les exposant à des situations de déséquilibre total. Sensation désagréable pour une équipe, qui, de façon assez surprenante en 2017, est peu habituée à être prise à son propre jeu. Mais le mérite avait été totalement parisien : c’est leur approche positive et leur esprit d’initiative qui leur avait permis de s’imposer de façon si large.

Ce rappel du scénario du match aller était très important, dans le sens où il diffère diamétralement de celui du match retour. Dès les premières secondes, il était évident que l’approche d’Emery était négative. La priorité était claire : son plan de jeu était bâti avant tout pour ne pas encaisser de but, plutôt que pour en inscrire un. Approche étonnante au vu du scénario du match aller, et encore plus en sachant qu’inscrire un but aurait forcé les Catalans à en inscrire 6 (j’ai mal au coeur en écrivant six).

Les parisiens ont donc entamé ce match retour avec des intentions défensives : un bloc médian en 4-1-4-1, se transformant très rapidement en bloc bas. Les ailiers étaient charges de maintenir une compacité horizontale maximale, en venant se positionner très proche de leurs relayeurs, invitant ainsi les barcelonais a jouer « autour » et « devant » le bloc parisien plutôt qu’à l’intérieur. Cavani était quant a lui charge de bloquer les lignes de passe vers Busquets. Les parisiens se sont donc présentés avec une volonté assumée de subir dans leur propre camp, invitant les barcelonais à investir leur partie de terrain, afin de se projeter ensuite rapidement à la récupération pour profiter des espaces laissés par ces derniers.

Le FC Barcelone dans le camp parisien : une animation offensive articulée autour de principes clairs

Les barcelonais à l’assaut des halfspaces (halfspace : le couloir intérieur lorsqu’on divise le terrain en 5 zones verticales)

Le plan de jeu initial des parisiens a parfaitement servi les intentions barcelonaises. Pas besoin, comme au match aller, de devoir casser le pressing parisien pour sortir et accéder au camp adverse. Pas besoin non plus, pour récupérer le ballon, de prendre des risques dans le pressing, vu que les parisiens refusaient de sortir comme lors du match aller. Non, rien de tout ça : les parisiens ont accepté d’entrée la domination territoriale adverse, n’ont pas su exploiter correctement les espaces laissés par le Barça, et ne se sont pas inspirés des réussites du match aller lorsqu’ils avaient l’occasion d’initier le jeu.

Dès les premières minutes, et donc en partie grâce aux parisiens, il fut possible de constater à quel point le système de jeu du Barça est animé selon des principes clairs. Le jeu de position impose de se servir de la possession de balle comme d’un outil servant à manoeuvrer l’adversaire afin de le forcer à ouvrir des espaces, espaces qu’il faut ensuite exploiter par des appels effectués au bon moment. C’est un processus simple sur le papier, mais diablement efficace : la recherche de la création de l’espace, puis l’exploitation de l’espace créé.

Dans le système mis en place par Luis Enrique, il est possible de déceler très rapidement une animation servant le principe pré-cité. Une règle s’impose, implacable : dès lors que le ballon quitte une des zones axiales (centre ou halfspace) pour le côté, un appel doit être effectué dans le halfspace entre le central et le latéral adverse. Cette règle a été respectée au pied de la lettre par les barcelonais, tout au long du match, et cela dès les premières secondes : les relayeurs barcelonais ont attaqué les halfspaces par des courses verticales de façon continue.

 

 

 

Ces courses verticales dans les halfspaces sont fondamentales dans le jeu de position, quelque soit le système ou l’animation envisagée. Elles sont essentielles à la directionnalité du jeu : elles permettent en effet de recréer en permanence des routes / lignes de passes vers d’autres zones du terrain, ce qui constitue une assurance pour l’équipe en possession : celle de n’être jamais enfermée dans une zone, et ainsi de pouvoir faire circuler le ballon de façon continue, et par conséquent, de faire bouger l’adversaire – ce qui est le plus important – augmentant de fait ses propres chances d’ouvrir des espaces, et de les exploiter. Dans cette situation, c’est le relayeur qui créé un espace pour l’ailier et lui offre par son mouvement un panel de possibilités.

« L’objectif est de faire bouger l’adversaire, pas le ballon. » – Pep Guardiola

Dernier point (promis), par gourmandise : un joueur proposant une solution à son ailier par l’extérieur effectue ce que l’on appelle un dédoublement ( ou overlap en anglais). Mais il n’y a pas de mot en français désignant le dédoublement par l’intérieur (en anglais, underlap), c’est pourquoi j’en propose un : le dandoublement, c’est-à-dire une course dans le bloc adverse. C’est ce qui a été effectué par les relayeurs barcelonais tout au long de la rencontre.

Les mouvements d’Iniesta et Rakitic étaient donc très intéressants à regarder : lorsque le jeu était dans l’axe, ils se positionnaient dans l’intervalle relayeur / ailier, entre Verratti et Lucas pour Iniesta, et entre Matuidi et Draxler pour Rakitic. Le but était de se positionner derrière la ligne de pression adverse, et de rendre possible l’élimination de celle-ci par la passe – ce qui constitue une forme de supériorité positionnelle. Ce premier positionnement contraignait l’ailier adverse à faire un choix : soit celui-ci choisissait de fermer l’intervalle en réduisant la distance avec son relayeur, soit il choisissait au contraire de privilégier la fermeture de la passe extérieure vers l’ailier. Ce choix cornélien avait de toutes façons des conséquences : dans le premier cas, celui de donner de l’espace et du temps à l’ailier, et dans le deuxième cas, celui d’ouvrir l’axe et par conséquent la ligne de passe vers le relayeur.

Les parisiens ont logiquement opté pour la première option : celle de défendre d’abord l’axe – le relayeur adverse – et ensuite le côté – l’ailier adverse.

Toutefois, cette animation articulée autour d’une règle simple était dangereuse : elle permettait de multiplier les options disponibles pour l’ailier une fois le ballon dans ses pieds. Celui-ci avait le choix entre :

– jouer un ballon en profondeur dans la course du relayeur
– partir en conduite vers l’axe pour : soit jouer un ballon entre les lignes, soit centrer, soit renverser
– jouer un ballon en retrait

Cette multiplicité de choix augmentait l’incertitude côté parisien, et augmentait donc par la même occasion la probabilité qu’ils ouvrent des espaces exploitables par les barcelonais.

« Les 1 contre 1 ne sont pas toujours des situations égales. » – Paco Seirul-Lo

Autre aspect intéressant de cette animation : elle a souvent permis à Neymar ou à Rafinha de se retrouver en situation de 1 contre 1 face à un parisien. Or, ce 1 contre 1 n’en est pas vraiment un, car Neymar et Rafinha disposent de telles qualités dans le dribble, la vitesse, la percussion (etc…) que cette situation n’est pas égale. C’est le principe de la supériorité qualitative, qui est le fait de placer un joueur dans une situation lui permettant d’exploiter au mieux ses qualités individuelles, ou autrement dit, le fait de placer un joueur dans sa zone d’influence préférentielle.

Le choix de Luis Enrique de coupler à cette animation offensive un joueur positionné en faux pied – c’est-à-dire un gaucher à droite et un droitier à gauche – n’est pas anodin non plus. Il savait pertinemment que ses deux brésiliens profiteraient souvent de la course de leur relayeur pour rentrer dans l’axe, et qu’ils n’auraient plus qu’à choisir entre les options citées précédemment afin de choisir la meilleure. De plus, un joueur de la qualité de Neymar ou de Rafinha rentrant dans l’axe – plus précisément dans le halfspace – sur son bon pied, voit son champ de vision et ses possibilités de passes multipliées, ce qui, comme expliqué plus haut, augmente l’incertitude pour l’adversaire.

Par exemple, sur le premier but, la course de Rakitic amène un parisien avec lui et permet de placer Rafinha en situation de un contre un face à Draxler. Résultat ? Rafinha feinte de partir vers l’extérieur, puis part en conduite vers l’intérieur, évalue les options à sa disposition, puis centre. Les parisiens hésitent à intervenir : but.

Une animation anticipée par Emery

L’une des grandes forces d’Emery réside dans sa capacité à analyser l’adversaire, grâce à la vidéo, et à construire des stratégies permettant de lutter contre les menaces potentielles posées par le système et l’animation adverse.

Le match d’hier n’a pas dérogé à cette règle. Le travail d’analyse indispensable dans le football de haut niveau a été effectué par Emery et son staff, et ils avaient très bien compris l’animation précédemment décrite.

Pour y répondre, le coach parisien avait donc demandé à ses deux relayeurs de fermer les intervalles lorsque le jeu était dans l’axe, c’est-à-dire de maintenir un bloc avec une grande compacité horizontale, puis, lorsque le jeu passait sur le côté, de suivre les déplacements verticaux de Rakitic et d’Iniesta. Cela devait permettre à l’ailier et au latéral parisien de pouvoir cadrer l’ailier barcelonais sur le temps de passe, et d’effectuer si possible des prises à deux, afin de tenter d’annuler sa supériorité qualitative – c’est-à-dire sa faculté à transformer, par sa qualité de dribble et de percussion, une situation d’égalité numérique en une situation d’inégalité – et de le forcer à jouer en retrait.

Cette animation défensive parisienne a posé des soucis à Barcelone, qui voyait ses solutions réduites une fois que le jeu passait sur le côté. Les ailiers ne pouvaient plus utiliser aussi librement la solution 1, car les courses verticales étaient suivis par les relayeurs parisiens, ni la solution 2, par un manque relatif de disponibilité entre les lignes. Ils ont ainsi souvent été obligé de renverser, ou même de rejouer vers l’arrière, ce qui atteste de la bonne stratégie parisienne sur ce point.

La stratégie d’Emery pour répondre à cet aspect de l’animation offensive du Barça a donc été plutôt efficace, mais en partie seulement, car les ailiers barcelonais ont souvent réussi à se servir de l’appel du relayeur pour rentrer dans l’axe – dans le halfspace – sur leur bon pied, ce qui leur a permis d’avoir le jeu ouvert face à eux, avec un champ de vision élargi. Toutefois, cette relative réussite n’occulte en aucun cas le plan offensif désastreux des parisiens lors de cette première mi-temps.

Le PSG avec le ballon – 1ère mi-temps

Le football est un jeu réversible organisé autour de 4 phases : la phase offensive, la phase défensive, et les transitions offensives et défensives. Seulement, il ne faut pas envisager ces phases de jeu de façon séparées : elles sont interconnectées.Ce qu’une équipe fait en phase offensive va influer sur sa transition défensive et sur sa phase défensive. Ce qu’une équipe fait en phase défensive va influer sur sa transition offensive et sur sa phase offensive. Et c’est là que le bat blesse pour les parisiens.

Leur stratégie en phase défensive en première période était une approche plutôt passive : celle d’attendre le Barça, en s’appuyant sur un bloc médian / médian-bas ou bas, puis de se projeter rapidement à la récupération dans les espaces dans le dos du bloc barcelonais. Cette approche en phase défensive a conditionné leurs transitions offensives et sur la phase offensive. Quand ils regagnaient la possession, les parisiens étaient forcés de sortir vite de la zone de pression – la zone où ils avaient récupéré – afin d’enchaîner vers des zones où la densité barcelonaise était moindre. Seulement, ces situations de transition offensive ont été très mal gérées – du fait entre autres, de mauvaises décisions et/ou d’imprécisions techniques – et ont permis aux barcelonais de récupérer très vite le ballon. Et à partir de là, c’est devenu un cercle vicieux : les Parisiens subissaient en phase défensive, et ne parvenaient pas à se donner de l’oxygène en gardant suffisamment le ballon sur les transitions, en forçant par exemple Barcelone à se replier collectivement dans son camp, comme à l’aller.

Toutefois, la réelle erreur d’Emery n’était pas là selon moi : elle a plutôt résidé dans son refus systématique d’initier le jeu lorsque son équipe en avait l’occasion, par exemple, lors des remises en jeu sur les 6mètres. Alors que le PSG avait réussi à l’aller, de façon répétée, à casser le pressing barcelonais lors des sorties de balle, cela n’a pas été le cas une seule fois lors du match retour.

Ainsi, la consigne donnée par Emery à ses joueurs sur les 6 mètres était de chercher, et cela de façon quasi-systématique, le jeu long vers Meunier et Lucas sur le côté droit – ou dans une moindre mesure Kurzawa et Draxler côte gauche – afin de profiter de la taille du latéral belge et de gagner les seconds ballons, mais également afin d’éviter le pressing haut des barcelonais. Cette stratégie a eu des effets désastreux : celui de rendre en permanence le ballon au Barça, et donc de se condamner à subir, plutôt que d’essayer de mettre l’adversaire en difficulté.

Le mérite de Luis Enrique

S’il est juste d’effectuer ce constat sur Emery, il faut aussi créditer Luis Enrique. Son changement tactique opéré après le match aller a conditionné cette orientation du coach parisien lors du match retour. A l’aller, le Barça était organisé en 4-4-2 en phase défensive, et les parisiens avaient profité des faiblesses de leur animation défensive, et notamment du manque de couverture entre chaque ligne, en s’appuyant sur un double pivot Verratti – Rabiot pour sortir.

Hier, la donnée avait changé. En phase défensive, les Barcelonais étaient organisés autour d’un 3-1-4-2 modulable en 3-3-2-2 qui leur offrait bien plus de sécurité pour aller chercher les parisiens haut sur le terrain. Ce système leur a permis d’organiser un marquage individuel total lors des rares fois où le PSG a initié le jeu, ou lorsqu’il a semblé le faire.

Cette animation a semblé conféré aux parisiens l’illusion qu’il était impossible de sortir, tant le bloc barcelonais restreignait leur accès à l’espace et au temps.

Lors des 6 mètres parisiens – j’ai mal en écrivant 6 – le système barcelonais était calqué sur celui du PSG. Comme a l’aller, les parisiens étaient organises au moment de leurs sorties de balle autour d’un double pivot Verratti – Rabiot. Ce double pivot avait fait très mal au Barca lors du match aller car il avait permis aux parisiens de casser le pressing adverse en trouvant un joueur libre de façon continue. En effet, seul un des deux milieux centraux du Barca sortait pour les presser, soit Busquets, soit Iniesta.

Hier cette possibilité était annulée. Au départ de l’action, Messi et Suarez se positionnaient dans l’axe, et étaient places de facon a utiliser leur cover-shadow – un positionnement sur une ligne de passe – pour couper les relations entre T.Silva et Rabiot, et Marquinhos et Verratti. Mais le plan barcelonais ne s’arrêtait pas à cela : derriere eux, ce n’était plus au seul Busquets ou au seul Iniesta de venir cadrer le double pivot parisien. La nouvelle organisation du Barca leur permettait de faire sortir Rakitic et Iniesta en même temps sur les deux compères parisiens. Sur les côtés, Meunier et Kurzawa ne constituaient pas non plus des options de passe viables : ils n’étaient pas des joueurs libres, car ils étaient eux aussi cadrés, par Neymar et Rafinha. Dans le dos de cette ligne de 4 était présent Matuidi, qui était lui récupéré par un Busquets positionné plus bas, offrant ainsi une ligne de couverture supplémentaire au bloc barcelonais. Le positionnement de Busquets en couverture du milieu barcelonais lui convenait beaucoup plus que son rôle au match aller. Dans cette position, il était libre d’utiliser sa supériorité qualitative, c’est-a-dire sa capacité à lire correctement les situations et à venir défendre dans la zone appropriée. Le rôle de Busquets était essentiel a l’équilibre de son equipe : il était en mesure de venir cadrer Matuidi lorsque celui-ci représentait une solution de passe potentielle, mais aussi de venir plus proche de sa ligne défensive afin d’assurer un 4 contre 3 face aux attaquants parisiens. Venons-en donc a la dernière ligne barcelonaise : c’était un 3 contre 3 au départ de l’action, avec Mascherano, Pique et Umtiti face au trio d’attaque parisien. Un marquage individuel total donc, avec une prise de risque assumée, notamment celle de laisser une égalité numérique sur la dernière ligne défensive.

Cette strategie a été gagnante, car elle a continuellement permis aux barcelonais de récupérer le ballon dans le camp parisien, et d’y enchaîner des phases de possession et potentiellememt, de déséquilibre.

Une stratégie payante, et une part de réussite

Dans le football moderne, préparer ses matchs grâce a l’analyse vidéo est primordial : cela permet de mettre en place des stratégies construites autour d’une logique. C’est ce qui s’est passé hier avec Luis Enrique et Barcelone. Toutefois, ces derniers ont également bénéficie d’une certaine réussite, réussite couplée à des erreurs individuelles du côté parisien. Attention toutefois à ne pas interpréter ces propos de la mauvaise façon : cette réussite et ces erreurs parisiennes, ils les ont provoqué.

Prenons l’exemple de l’ouverture du score : Suarez bénéficie d’une erreur de jugement de Trapp, qui doit sortir capter le ballon lorsqu’il en a l’occasion la première fois. Mais cette erreur de Trapp, et cette certaine forme de réussite barcelonaise a été conditionnée par leur approche : celle d’agresser le PSG, de le forcer a défendre proche de son but, et à augmenter ainsi la probabilité d’une erreur individuelle fatale.

Le même constat peut être effectué sur le deuxième but : l’approche barcelonaise pousse le PSG à défendre très bas, et proche de son but, ce qui augmente encore une fois la probabilité d’erreur(s) individuelle(s). Dans le cas du deuxième but, Marquinhos doit dégager en 6 mètres ou en touche lorsqu’il en a l’occasion ; quant à Kurzawa , il subit le déroulement du jeu : Trapp dévie le ballon sur lui, ce qui occasionne le deuxième but. Sur l’action du troisième but amenant le penalty, même raisonnement : l’erreur de Meunier est conditionnée par la stratégie du Barça, à savoir celle de trouver souvent Neymar dans des situations de 1 contre 1.

La deuxième mi-temps, et le changement d’approche d’Emery

Il faut mettre au credit d’Emery d’avoir su adapter sa stratégie en seconde mi-temps. Il a reconnu qu’il s’était en grande partie trompé dans son approche du match et a effectué des choix forts au retour des vestiaires. Au lieu de continuer à subir en phase défensive avec un bloc positionné bas, c’est-à-dire avec une approche passive, il a choisi de demander à ses joueurs de recommencer à presser haut le Barca, comme ils l’avaient fait au match aller. L’Atletico Madrid avait opté pour une stratégie similaire face au Barca deux semaines auparavant – presser haut de façon continue – et avait considérablement restreint l’accès des barcelonais à leur camp.

Lorsque Barcelone repartait de son gardien, le PSG se positionnait donc avec un bloc médian-haut. Cavani se plaçait proche de Pique, se tenant prêt à déclencher le pressing sur Ter Stegen. Derrière lui, une ligne de 4 joueurs, avec Matuidi sur Rakitic et Verratti sur Iniesta, accompagnés de Lucas et Draxler, prêts a sortir respectivement sur Umtiti et Mascherano. En couverture se trouvait Rabiot, responsable de couvrir les espaces concédés par son milieu de terrain, ainsi que de se charger de Messi lorsque celui-ci devenait une solution de passe potentielle. Enfin, les autres défenseurs parisiens se trouvaient opposés au trio d’attaque barcelonais.

Lorsque Cavani n’était pas en mesure de presser Pique, c’est Matuidi qui sortait sur le central barcelonais, lâchant au passage le marquage de Rakitic. Rabiot adaptait alors son positionnement en lâchant à son tour son adversaire direct – Messi – afin de récupérer Rakitic.

Lorsque ce premier pressing haut était cassé, le PSG se repliait autour d’un bloc médian, avec une différence notable par rapport à la première période : celle de refuser, dans la mesure du possible, de subir. Ainsi, Draxler et Lucas étaient chargés de réinitier dès que possible le pressing sur Mascherano et Umtiti. Derrière eux, les mêmes mécanismes qu’en première période, afin de gérer au mieux les courses verticales dans les halfspaces des relayeurs barcelonais. Matuidi et Verratti continuaient ainsi de suivre Rakitic et Iniesta jusqu’à ce qu’ils soient récuperés par Kurzawa et Meunier.

Malheureusement pour les parisiens, ils ont très vite concédé un penalty, suite à une faute de Meunier sur Neymar, du fait d’une glissade. A la 48eme minute, le score était donc de 3-0, et la pression s’intensifiait.

Les parisiens ont toutefois continué a respecter le changement tactique voulu par Emery, ce qui leur a permis de récupérer des ballons beaucoup plus haut. Un autre changement était marquant dans leur approche : les transitions offensives étaient mieux négociées et donnaient lieu à des situations beaucoup plus dangereuses, comme l’atteste le poteau de Cavani après un bonne projection et un bon centre de Meunier. Une raison à cela : alors qu’en première période les transitions offensives étaient effectuées ultra rapidement, celles de la deuxième période ont été plus patientes, permettant aux parisiens d’effectuer plus de courses verticales devant le porteur et par conséquent de lui offrir plus de solutions, ainsi que plus d’espace et de temps. Verratti a eu un rôle clef dans cette amélioration, s’appuyant sur sa formidable résistance au pressing pour bonifier les transitions de son équipe.

L’un des autres tournants du match fut la réduction du score de Cavani, un but venant récompenser la prestation édifiante de l’attaquant parisien, particulièrement dans son jeu dos au but et en déviation, un secteur où il n’est pas toujours irréprochable. A ce moment du match, les barcelonais avaient besoin de 3 buts pour se qualifier, et il semblait alors résignés… jusqu’au somptueux but de Neymar sur coup-franc a la 88eme minute, qui fut le déclencheur de cette fin de match hallucinante.

Ce but de Neymar fut suivi d’un autre, sur penalty, trois minutes après, du fait d’une faute de Marquinhos sur Suarez, puis du coup fatal porté par Sergi Roberto dans les derniers instants. A chaque fois, des erreurs parisiennes, collectives et individuelles. Et à chaque fois, des erreurs fatales, car comme expliqué plus haut, elles furent commises dans des situations où le PSG défendait proche de son but, et donc dans des zones où les erreurs sont difficilement rattrapables.

Cette terrible désillusion doit constituer une leçon pour les parisiens : leur approche du début de match était clairement la mauvaise. La meilleure façon de s’opposer à une équipe aux intentions positives est d’être soi-même positif dans son approche. « La meilleure défense, c’est l’attaque », et le match aller l’avait clairement illustré. Défendre bas pendant 90 minutes, subir, résister et colmater, le PSG ne sait pas le faire. Il n’y est pas habitué, car dans le championnat français il ne se retrouve quasiment jamais, voire jamais tout court dans ce type de configuration. Une autre erreur fondamentale a été commise par les parisiens, et elle est en grande partie imputable à leur entraineur : ils ont oublié de jouer sur leurs forces, c’est-à-dire tenter de dominer la possession, l’espace et le temps. Leur approche les a ainsi conditionné à penser davantage aux qualités de leurs adversaires qu’à leurs propres armes. À l’inverse, l’approche de Luis Enrique est louable : il a utilisé tout ce qui était en son pouvoir pour influer positivement sur le match retour : un changement de système immédiatement après l’aller, avec une animation claire, un plan de jeu préparé méticuleusement, l’annonce de son départ en fin de saison afin de tenter de “libérer” ses joueurs, ainsi qu’un discours éminemment positif, qu’on pourrait résumer par “J’ai confiance en mon équipe, la remontada est possible, je souhaite qu’on essaye jusqu’au bout, et cela peu importe les circonstances de jeu ». Au final, le résultat de cette double confrontation est cruel pour le PSG, qui restera à jamais comme la première équipe à être éliminée après l’avoir emporté 4-0 a l’aller. C’est un véritable coup dur pour le projet parisien et Emery, qui avait été embauché pour franchir un palier en C1. C’est un coup encore plus dur quand on sait l’enthousiasme incroyable qu’avait déclenché le match aller.

Comments
  • Jerome MUSSO
    Répondre

    Analyse plus que complète et détaillé par des vidéos très illustratrices des propos avancés
    Une grande qualité d analyse très pertinente

    Bravo pour ce travail de pro

    Teachfoot au PSG pour soutenir Emery …

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