Coupe du Monde 2018 : Angleterre 2-1 Tunisie

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Après la victoire de la Belgique face au Panama, l’Angleterre était opposée à la Tunisie pour le deuxième match de la première journée du groupe G.  Si les Anglais sont sortis vainqueurs de cette rencontre grâce à deux buts de Kane sur corner, ils ont connu deux mi-temps contrastées : après une entrée en matière très prometteuse et riche en occasions, ils ont eu plus de difficultés à se montrer dangereux en seconde période suite aux ajustements tactiques tunisiens.

L’Angleterre était organisée pour ce match en 3-5-2 – ou en 3-5-1-1, selon la position de Sterling – un système utilisé pour la première fois en octobre dernier face à Lituanie et reconduit quasi-systématiquement depuis. Côté tunisien, Maâloul avait opté pour un 451, avec une formation comprenant de nombreux joueurs ayant été formés en France et y jouant / y ayant joué.

La stratégie offensive de l’Angleterre

Structure en 3+1

Sur leur première ligne, les anglais avaient un 4 contre 1 à jouer, voire un 4 contre 2 puisque les relayeurs ou ailiers tunisiens quittaient souvent leur position initiale pour sortir presser aggressivement Walker ou Maguire. Stones était le défenseur central le plus reculé, avec à ses côtés Walker et Maguire, qui se positionnaient dans leurs couloirs intérieurs respectifs, légèrement plus haut que Stones, afin d’ouvrir le plus de lignes de passes possibles. Devant les 3 défenseurs centraux se tenait Henderson, qui opérait comme pointe de cette structure en losange. D’entrée de match, ce quatuor a constitué la base des offensives anglaises, les joueurs de Southgate s’appuyant sur une circulation horizontale et des circuits de renversement afin d’exploiter leur supériorité numérique sur la première ligne en générant un joueur libre capable de trouver une option verticale pour accélérer le jeu.
La Tunisie a rapidement tenté de limiter l’influence d’Henderson sur le jeu anglais, soit par l’intermédiaire de Khazri, qui tentait d’utiliser sa cover-shadow pour interdire les passes vers le joueur de Liverpool, soit par l’un des trois milieux axiaux, qui quittaient leur ligne pour venir le cadrer. Si Henderson a bien su se rendre disponible lorsque Khazri tentait de l’isoler, en effectuant à plusieurs reprises des déplacements dans la blindside de ce dernier, sortant ainsi de sa cover-shadow, il a parfois eu plus de mal à faire face au pressing des milieux de terrains tunisiens, notamment du fait d’une orientation corporelle perfectible et/ou d’une prise d’information incomplète. Il a toutefois été essentiel dans les phases offensives de son équipe, tant par sa capacité à se rendre disponible pour ses centraux et permettre les renversements que par son jeu vers l’avant à destination des joueurs offensifs, que ce soit les latéraux ou ceux positionnés dans l’axe.

Rôle des relayeurs

Alors que les latéraux – Trippier et Young – étaient responsables de la largeur, et se positionnaient donc logiquement le long de la ligne de touche, les deux relayeurs avaient un positionnement intéressant. Au lieu de rester proches d’Henderson, en maintenant des distances courtes avec celui-ci, Alli et Lingard sont immédiatement venus se positionner entre les lignes, le plus souvent à hauteur de Kane et Sterling, et dans une moindre mesure en soutien de ces derniers, créant ainsi des situations d’égalité numérique face à la défense tunisienne. Si les quatre joueurs entre les lignes ont parfois semblé déconnectés du quatuor de relance, le positionnement haut des relayeurs a tout de même été un élément clef des offensives anglaises, l’Angleterre utilisant de façon répétée ces situations d’égalité numérique afin de détruire l’alignement de la dernière ligne tunisienne, en la déstructurant grâce à des mouvements complémentaires, et en attaquant constamment la profondeur, à la fois pour profiter de sa relative hauteur et des espaces créés par leurs mouvements.
Organisés en 4-5-1 – voire en 6-3-1, lorsque leurs ailiers défendaient bas pour suivre les latéraux adverses – les tunisiens étaient déterminés à défendre en bloc médian plutôt que devant leur surface. Le bloc-équipe tunisien remontait donc dès que possible, en essayant de gagner des mètres sur chaque passe en retrait adverse. Ils veillaient également à rester compact verticalement afin de ne pas laisser d’espaces exploitables aux anglais entre les lignes. Si ce plan défensif partait de bonnes intentions – être compact / ne pas défendre trop bas – les tunisiens ont toutefois eu beaucoup de problèmes à gérer efficacement la profondeur en première période, en étant très souvent en retard pour cadrer le porteur – en particulier côté droit – ce qui permettait à l’Angleterre d’exploiter plus aisément les espaces dans le dos de leur défense.
Par ailleurs, ils était parfois lents à réagir lorsqu’un joueur adverse n’était pas cadré, et n’adaptaient pas leur posture corporelle en conséquence afin d’être prêts à courir vers leur but, ce qui donnait souvent un avantage dynamique à Lingard, Alli ou Sterling au moment d’attaquer la profondeur.
Lorsqu’ils n’effectuaient pas des appels profonds, Alli, Lingard et Sterling profitaient de leur position entre les lignes pour effectuer des appels dans la blindside des milieux adverses, profitant d’être hors du champ de perception de leur adversaire direct pour se déplacer sans être vus et ainsi offrir une solution verticale à leurs partenaires situés plus bas.

Différentes méthodes pour déséquilibrer

Face à une Tunisie déterminée à garder un bloc médian, et par conséquent laissant beaucoup d’espaces à exploiter dans la profondeur, et grâce à l’égalité numérique face à la défense adverse créée via le positionnement haut de ses relayeurs, l’Angleterre a très souvent réussi a déstructurer la défense adverse – que ce soit horizontalement ou verticalement – et attaquer efficacement la profondeur, générant ainsi de nombreuses situations dangereuses devant le but tunisien. Ils ont utilisé différentes méthodes pour cela, avec une constante – le dynamisme positionnel dans les couloirs intérieurs – en parvenant souvent à exploiter les différents choix de pressing adverses à leur avantage.
Lorsque Trippier était trouvé le long de la ligne sur la droite, et qu’il était cadré par le latéral adverse, les joueurs entre les lignes effectuaient parfois des appels complémentaires, à la fois pour exploiter les espaces dans le dos du latéral mais aussi pour en recréer d’autres à exploiter dans l’axe du terrain, en contraignant les défenseurs tunisiens à quitter leur position dans l’axe. Dans ces situations, l’un des 4 offensifs effectuait une course vers l’extérieur dans le dos du latéral étant sorti de sa ligne, ce qui contraignait le défenseur central du côté du ballon à le suivre, et par conséquent à quitter l’axe, créant ainsi des espaces à exploiter pour un autre joueur anglais. Dans ces situations, les Anglais utilisaient à bon escient leur densité entre les lignes pour déstructurer la ligne défensive adverse en manipulant les joueurs la composant, de façon à ouvrir le chemin le plus direct vers le but. Cela a notamment mené au poteau de Lingard juste avant la mi-temps.

Dans d’autres situations, le latéral trouvé sur le côté – que ce soit Trippier ou Young – était cadré par l’ailier tunisien plutôt que par le latéral. Le relayeur anglais du côté du ballon effectuait alors le même type d’appel que dans le mécanisme décrit précédemment, en se projetant dans le dos du latéral de la Tunisie. Cela forçait la défense à reculer pour gérer l’appel effectué, recréant ainsi de l’espace entre les lignes, espaces que Sterling cherchait parfois à exploiter en se déplaçant du côté du ballon en soutien de ses 3 partenaires. Les latéraux anglais ne l’ont cependant pas recherché dans ce type de situations, puisqu’ils privilégiaient à chaque fois la passe en profondeur vers Alli ou Lingard.

Si les Anglais se sont créés de nombreuses situations en passant par les côtés, ils ont aussi su déséquilibrer la Tunisie dans l’axe du terrain, que ce soit par l’intermédiaire de combinaisons rapides ou plus simplement en attaquant la profondeur.
Comme expliqué précédemment, l’Angleterre a souvent réussi à manipuler la défense adverse, un aspect facilité par l’égalité numérique dont ils disposaient face à la défense adverse grâce au positionnement haut de leur relayeurs. Les 4 joueurs entre les lignes se sont souvent positionnés sur la même ligne horizontale – c’est-à-dire sans s’étager : si cela a restreint leur capacité à trouver un 3ème homme face au jeu, ils ont toutefois pu s’en servir à plusieurs reprises pour manipuler les défenseurs tunisiens, créer des espaces et les exploiter. Lorsqu’un des joueurs offensifs décrochait, il attirait avec lui un défenseur, le contraignant à quitter sa position, et ouvrant ainsi un espace dans lequel se projetait un de ses partenaires axiaux. Ce mécanisme pour déstructurer la défense adverse et trouver un joueur dans la profondeur a été utilisé plusieurs fois par les anglais, même si Walker ou Henderson ne s’en sont pas servis à chaque fois.

À d’autres moments, l’Angleterre s’appuyait sur des combinaisons axiales rapides pour éliminer la dernière ligne tunisienne. Le joueur ayant décroché tentait alors de se retourner et de combiner avec un de ses partenaires. L’Angleterre parvenait à trouver des joueurs entre les lignes grâce à la faible compacité horizontale des milieux tunisiens, et particulièrement des ailiers, qui étaient de plus en plus orientés sur l’homme, ainsi que par leur incapacité à utiliser à bon escient leurs cover-shadows.

Enfin, l’Angleterre a parfois recherché Kane via du jeu long, ses partenaires offensifs se déplaçant alors autour de lui pour recevoir des déviations ou des remises.

Présence dans la surface

Avec 4 joueurs entre les lignes, l’Angleterre forçait souvent la défense tunisienne à être plus compacte horizontalement, ouvrant donc des espaces pour les latéraux – et en particulier Trippier côté droit, qui n’était pas tout le temps suivi par l’ailier tunisien. L’Angleterre a ainsi pu générer plusieurs situations intéressantes de centre devant le but tunisien, qu’ils ont tenté d’exploiter grâce aux projections de Lingard, Alli, Kane et Sterling.
Les Anglais ont tenté des centres dans différentes zones – le plus souvent à terre au premier poteau, mais aussi en retrait ou au deuxième poteau – et se sont créés plusieurs occasions nettes, obligeant le gardien à une parade ou les défenseurs à un sauvetage in extremis.
Leur occupation des espaces dans la surface n’était cependant pas tout le temps optimale, les joueurs offensifs anglais attaquant parfois la même zone, notamment sur les centres en retrait sur lesquels ils se sont parfois gênés.

Stratégie sur corners

L’Angleterre n’a pas obtenu énormément de corners en première mi-temps – 4 – mais a su les exploiter pour se créer des occasions nettes, en capitalisant pour cela sur l’organisation défensive tunisienne. Les tunisiens plaçaient une ligne de 4 joueurs en zone à l’extrémité des 6 mètres. Face à eux, l’Angleterre positionnait seulement 2 joueurs. Grâce à cette infériorité numérique dans les 6 mètres, et à la présence d’un anglais à l’entrée de la surface, marqué par un autre tunisien, les Anglais bénéficient d’une supériorité numérique devant le point de penalty – un 4 contre 3. Grâce à des mouvements coordonnés effectués dans plusieurs directions et des écrans – similaire à ce qui se fait au basket – les Anglais ont plusieurs fois réussi à libérer un joueur à la retombée du ballon – le plus souvent Maguire. C’est de cette façon qu’ils ont inscrit le premier but, la tête de Maguire étant repoussée par Hassen sur Kane avant que celui-ci ne finisse de près.

Les possessions de la Tunisie

La Tunisie a été assez inoffensive en première mi-temps, ne cadrant qu’une seule frappe – le penalty de Sassi. L’équipe dirigée par Maâloul a eu des phases de conservation / progression, parvenant à la mi-temps avec environ 40% de possession, mais a eu beaucoup de difficultés à se créer des situations de frappes. Lorsqu’ils avaient le ballon, les tunisiens s’orientaient principalement vers les côtés pour progresser, en utilisant les relations latéral / relayeur / ailier. Cela était aussi du à l’animation défensive anglaise, qui restreignait assez efficacement l’accès de la Tunisie aux trois couloirs centraux grâce à leur densité dans l’axe du terrain, les forçant la plupart du temps à faire circuler le ballon autour de leur bloc. Les latéraux tunisiens se positionnaient assez bas, et étaient utiles au moment de renverser – tant du fait de la faiblesse structurelle du 532 que de la réticence de Young à lâcher le marquage de son adversaire direct. Les relayeurs alternaient entre des décrochages dans l’espace entre le central et le latéral et des mouvements vers le côté pour s’excentrer. Lorsque ces derniers optaient pour la seconde solution, l’ailier rentrait à l’intérieur du jeu. Les tunisiens ont perdu plusieurs ballons du fait d’imprécisions techniques sur des renversements, ce qui les a parfois empêché de bénéficier des décalages qu’ils avaient créé.

Seconde période

Ajustements tunisiens et conséquences

La Tunisie a concédé moins d’occasions aux Anglais en seconde période, principalement grâce aux ajustements tactiques effectués par leur sélectionneur. Maâloul a fait évoluer le schéma de son équipe, en passant d’un 4-5-1 à un 5-3-2, et a opéré des ajustements dans l’animation défensive, en demandant à ses milieux de terrains d’effectuer un marquage individuel sur Lingard et Alli. Les Tunisiens ont également mieux géré la profondeur par séquences, en faisant reculer plus rapidement leur bloc, ce qui laissait moins d’espace pour les appels en profondeur de leurs adversaires. En marquant de près Lingard et Alli, ils ont aussi pu réduire leur influence, en faisant mieux face à leurs appels profonds, ce qui a poussé ces derniers à parfois décrocher afin de se rendre disponibles.
L’un des inconvénients à ce marquage individuel au milieu de terrain était que les milieux tunisiens pouvaient être plus facilement manipulés par leurs adversaires, qui se servaient de mouvements sans ballon – que ce soit en se projetant ou en décrochant – pour ouvrir des lignes de passe, en particulier vers l’axe du terrain. L’Angleterre réussissait donc parfois grâce à cela à s’ouvrir l’axe, en trouvant Sterling ou Kane – une option qu’ils n’avaient pas utilisé dans ces situations en première période.

Il y eut une autre conséquence significative à ce changement de système et d’animation défensive côté tunisien. Du fait du passage en 5-3-2, et de la propension des milieux tunisiens à marquer individuellement Alli et Lingard, l’Angleterre parvenait régulièrement à générer de l’espace pour un des centraux – en particulier Maguire – en attirant la Tunisie d’un côté par des redoublements de passe, puis en renversant à l’opposé. Maguire pouvait donc souvent effectuer des conduccions dans le couloir intérieur gauche, exploitant ainsi les espaces devant lui. Il y eut de nombreuses situations de conduccion de la part du joueur de Leicester, celui-ci allant fixer la prochaine ligne afin d’attirer un adversaire sur lui et tenter de libérer un coéquipier. Les Anglais n’ont cependant pas su bonifier ces prises d’initiative, les mouvements sans ballon des joueurs placés plus haut étant soit inexistants, soit effectués dans le mauvais timing ou de façon pas assez dynamique, en plus d’être couverts de près par les défenseurs tunisiens.

En dépit de la nouvelle animation défensive adverse, et d’un bloc tunisien souvent positionné plus bas, les Anglais ont persisté dans leur recherche de la profondeur. Lorsque les latéraux anglais étaient en passe de recevoir et d’être cadrés par ceux de la Tunisie, les joueurs offensifs axiaux cherchaient souvent à exploiter l’espace créé dans l’intervalle central – latéral en se projetant dans la profondeur, de la même façon qu’en première période. Cela a plusieurs fois permis à l’Angleterre de progresser, particulièrement côté gauche par l’intermédiaire de Young.

Dans d’autres situations, l’Angleterre s’appuyait sur les ouvertures en diagonale d’Henderson depuis une position reculée pour trouver un latéral lancé dans le dos de celui de la Tunisie, une action déjà entrevue en première période. Le latéral anglais se déplaçait alors hors du champ de perception visuel de son adversaire direct, celui-ci étant focalisé sur le ballon.

Enfin, il y eut quelques situations intéressantes en fin de match à la suite de l’entrée de Loftus-Cheek. Grâce à ses excellentes aptitudes dans le dribble et la percussion, ce dernier a plusieurs fois réussi à se défaire du marquage adverse, et ce même lorsqu’il recevait dos au but sous pression, ce qui a permis à son équipe de se générer des situations dangereuses dans la surface adverse.

Conclusion

L’Angleterre est assurément l’une des équipes à suivre de près dans ce tournoi. Ils ont effectué une très bonne première mi-temps, exploitant parfaitement les espaces dans le dos de la ligne défensive tunisienne pour se créer de nombreuses situations nettes devant le but. Ils ont eu plus de difficultés en seconde période suite aux ajustements tunisiens, en marquant le but vainqueur dans le temps additionnel par l’intermédiaire de Kane sur corner. Leur performance est toutefois l’une des meilleures parmi les grosses équipes du tournoi, et le score aurait pu être plus lourd, comme en attestent les Expected Goals de la rencontre. Il leur faudra réitérer un tel match face au Panama, avant d’affronter la Belgique lors de la 3ème journée pour le choc de ce groupe G.

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